Elinor Ostrom, née le 7 août 1933 à Los Angeles et morte le 12 juin 2012 à Bloomington, est une politologue et économiste américaine. En octobre 2009, elle est la première femme à recevoir le « prix Nobel d'économie », avec Oliver Williamson, pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs.

Ses travaux portent principalement sur la théorie de l'action collective et la gestion des biens communs ainsi que des biens publics, aussi bien matériels qu'immatériels. Elinor Ostrom a surtout travaillé sur la notion de dilemme social, c'est-à-dire les cas où la quête de l'intérêt personnel conduit à un résultat plus mauvais pour tous que celui résultant d'un autre type de comportement. Elle a surtout étudié la question du dilemme social dans le domaine des ressources communes : ressources hydrauliques, forêts, pêcheries, etc.

Avant ses travaux, dans ces cas, seulement deux solutions étaient envisagées : l'État-Léviathan, qui impose le bien public, ou alors une définition stricte des droits de propriété individuelle. L'œuvre d'Ostrom tend à montrer qu'il existe un autre type de solutions, l'autogouvernement, dont elle définit les huit principes caractéristiques nécessaires à sa pérennité, ainsi que les deux éléments clés de son émergence : la réciprocité et la confiance.

Ostrom est principalement connue pour ses travaux portant sur la gestion collective des biens communs. Dans son livre le plus connu, Governing the Commons, la chercheuse critique les fondements de l'analyse politique appliquée alors à de nombreuses ressources naturelles. Elle expose également les expériences tant fructueuses qu'infructueuses de gouvernance des biens collectifs afin de construire à partir de l'expérience cumulée de meilleurs outils intellectuels destinés à tracer les capacités et les limites des collectivités autonomes à réguler de nombreux types de ressources.

L'approche de Garrett Hardin, exposée dans l'article « La Tragédie des biens communs » paru dans Science en 1968, soutient que la rationalité économique doit a priori pousser des individus qui se partagent un bien en commun à le surexploiter. Puisque l'utilité et le profit sont individuels, alors que le coût est supporté par tous, son usage mène obligatoirement à une surexploitation de la ressource. Pour la plupart des économistes, la solution à cette tragédie passe soit par la création de droits individuels de propriété, soit par la gestion des biens communs par la puissance publique. Ostrom, au contraire, soutient qu'il n'y a pas un seul problème mais que chaque fois il existe de nombreuses solutions face à de nombreux problèmes différents.

Dans sa recherche, Ostrom identifie huit principes de conception, ou conditions essentielles au succès de ces institutions :

1. Définition claire de l'objet de la communauté et de ses membres. 2. Cohérence entre les règles relatives à la ressource commune et la nature de celle-ci. 3. Participation des utilisateurs à la modification des règles opérationnelles concernant la ressource commune. 4. Responsabilité des surveillants de l'exploitation de la ressource commune devant les exploitants. 5. Graduation des sanctions pour non-respect des règles d'exploitation. 6. Accès rapide à des instances locales de résolution de conflits. 7. La reconnaissance de l'auto-organisation par les autorités gouvernementales externes. 8. Organisation à plusieurs niveaux des activités d'appropriation, de surveillance, de mise en application des lois, de résolution des conflits et de gouvernance.

Le capital social pour Ostrom repose sur la confiance et la réciprocité, les réseaux et la participation civile, ainsi que sur le respect des règles et institutions formelles et informelles de l'action collective. La réciprocité est chez elle un élément clé pour dépasser et résoudre les dilemmes sociaux.

Ces principes de gouvernance des communs trouvent aujourd'hui un écho particulier dans le domaine numérique. Les logiciels libres, les bases de connaissances collaboratives comme Wikipédia, et les coopératives de données constituent des exemples contemporains de ressources communes gérées selon des principes proches de ceux identifiés par Ostrom. La question de la gouvernance de l'intelligence artificielle comme commun numérique — avec des règles claires, une participation des usagers et des mécanismes de contrôle gradués — s'inscrit directement dans la lignée de ses travaux.