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Philosophie et calcul aujourd'hui : Deleuze et les triades de la substance chez Spinoza
Jean Sallantin
Université de Montpellier
Introduction
Le besoin d'une réflexion mariant philosophie et calcul est pressant dans un monde
de plus en plus habité par les humains et envahi par des technologies du calcul qui montrent
leur  puissance  dans  l'avancée  des  découvertes  scientifiques  et  signalent  leur  immaturité  dès
que  l'on  examine  leur  impact  sur  le  monde,  la  culture  et  la  société.  Ce  besoin  de  réflexion
philosophique  sur  le  calcul  et  de  réflexion  formelle  sur  la  philosophie  motive  toute  une
activité de recherche fédérant philosophes et informaticiens.
Dans  cet  article,  nous  examinons  comment  des  modèles,  venant  de  la  théorie  des
catégories et qui montrent une grande efficacité pour formaliser le calcul par ordinateur mais
aussi  des  formes  de  calcul  scientifique,  sont  pertinents  pour  réaliser  un  travail  d'annotation
formelle d'une explication faite par Gilles Deleuze de l'Éthique de Spinoza [1].
Quelques points de démarche épistémologique
Ces  études  sur  les  relations  entre  systèmes  formels  et  systèmes  philosophiques
soulèvent  des  points  de  démarche  épistémologique.  Nous  confrontons  des  systèmes
philosophiques à des formalismes inconnus à cette époque. Nous les utilisons pour distinguer
et  critiquer  des  constructions  formelles  que  nous  mettons  en  correspondance  avec  une
philosophie  marquée  par  les  formalismes  connus  alors.  L’histoire  de  la  philosophie  nous
apprend quels étaient les schémas de calcul connus des philosophes qui souvent produisaient
simultanément des connaissances philosophiques et calculatoires.
Nous allons présenter différentes attitudes philosophiques sur le rapport entre pensée
et calcul.
Daniel Parrochia, dans son livre La raison systématique,[2] s'est exercé à dégager des
constructions mathématiques formelles présentes dans les travaux des grands philosophes. Il
ne s'agissait pas là de donner une correspondance formelle à un système philosophique mais
plutôt d'en examiner un élément, une démarche, un fragment.
Il  est  communément  admis  que  les  mathématiques  servent  à  donner  une  définition
formelle  aux  modèles  utilisés  en  physique  pour  décrire  la  nature.  En  revanche,  en
psychologie,  en  biologie,  en  philosophie,  les  mathématiques  n'ont  pas  acquis  cet  usage  de
manière  consensuelle.  Plus  précisément,  en  physique,  les  notions  d'action,  de  dimension,
d'énergie  ont  une  définition  formelle.  En  philosophie,  les  notions  de  substance,  d'essence,
d'existence, de sujet, d'autonomie n'ont pas de définition formelle.
On  peut  invoquer  un  besoin  de  formalisme  approprié  :  il  a  fallu  attendre  le  calcul
infinitésimal  pour  que  soient  définies  les  notions  d'action,  d'énergie  et  de  trajectoire.
Toutefois,  les  systèmes  philosophiques  comme  ceux  de  Kant  et  d'Hegel  disposent  d'une
formalisation  partielle  ;  par  exemple,  des  formalismes  logiques  décrivent  les  raisonnements
symboliques, les formes argumentatives et les systèmes de jugement.
On  peut  également  considérer  que  les  formalisations  mathématiques  sont  des
manières particulières de penser qui s'acquièrent lors du développement de l'esprit. Cette thèse
soutient  que  le  calcul  est  une  pensée.  Pour  d'autres  penseurs  comme  Bachelard,  l'algèbre
marque un niveau d'élaboration d'une pensée scientifique. Pour le psychanalyste Wilfred Bion
[3], l'algèbre est une forme particulièrement aboutie de pensée. Enfin, pour Gilbert Simondon
[4],  la  pensée  philosophique  unifie  ce  qui  a  été  séparé  arbitrairement  par  les  pensées
scientifique et technique.
On peut également penser que le rôle du mathématicien est celui de l'archéologue qui
dégage progressivement les formes de calcul s'activant dès que l'on pense. Il s'agit de soutenir
la  thèse  selon  laquelle  toute  pensée  est  un  calcul.  Le  logicien  Jean  Louis  Krivine  nous
provoque  en  posant  que  toute  pensée  est  un  Lambda  Calcul  et  que  l'on  comprend  mieux  la
pensée en comprenant comment les machines calculent.
Pour  ma  part,  je  constate  l'impact  des  calculateurs  sur  la  progression  des  sciences
dites  exactes.  Je  constate  également  l'impact  formidable  des  centaines  de  millions
d'ordinateurs et des milliards de téléphones mobiles sur la société, sa culture et son langage.
Je  constate  que  beaucoup  de  systèmes  informatiques  produisent  parfois  quand  ils  calculent
l'effet d'une pensée mal réglée : dangereuse, asservissante, mais surtout mal maîtrisée. Nous
passons beaucoup de temps à nourrir des calculs non fondés sur des théories justifiées sur le
plan épistémologique. Nous sommes affectés par ces outils qui n'œuvrent pas nécessairement
pour réduire nos peines et améliorer notre bien-être.
Cette introduction du calcul dans notre monde est une chance formidable si elle sert à
mieux réguler le système complexe qui nous constitue et dans lequel nous habitons. Il s'agit
de  saisir  cette  chance.  Mon  programme  de  travail  se  divise  en  deux  orientations.  Le  calcul
philosophique  consiste  à  voir  comment  les  formalisations  catégorielles  du  calcul  permettent
de  formaliser  des  éléments  d'un  système  philosophique.  La  découverte  scientifique
computationnelle consiste à formaliser, développer et expérimenter des méthodes et des outils
pour  assister  la  découverte  scientifique  par  des  chercheurs  et  je  l'espère  demain  par  tous.
J'aborde le second projet en instrumentant le domaine de la pharmacologie et en réalisant des
jeux  de  simulation  de  la  découverte  scientifique  pour  les  enfants  de  9  à  99  ans.  Il  y  a
évidemment  un  parti  pris  philosophique  dans  la  démarche  scientifique  contemporaine  et  le
premier objectif de ces jeux est de le faire découvrir et partager.
Le projet calcul philosophique cherche à dégager les formes de calcul des systèmes
philosophiques.  En  ce  sens,  je  partage  ce  même  dessein  que  Daniel  Parrochia.  Dans  ce  qui
sera  présenté  par  la  suite,  il  s'agit  d'exhiber  une  structure  formelle  pour  appréhender  la
cohérence  des  définitions  des  concepts  de  la  première  partie  de  l'éthique  de  Spinoza.  Je  me
donne  une  contrainte  supplémentaire.  Je  cherche  à  employer  pour  formaliser  les  systèmes
philosophiques  les  formalismes  utilisés  pour  formaliser  le  calcul  par  machine.  Mon  objectif
est  d'enrichir  la  problématique  des  informaticiens  et  de  parvenir  à  un  meilleur  contrôle  des
formes  de  pensées  technologiques  et  scientifiques  qui  sont  implicitement  présentes  dans  les
calculs.
Je pense que les systèmes philosophiques autant que les systèmes scientifiques sont
des systèmes qui cherchent à abstraire une réalité pour la prédire et l'expliquer. Ces systèmes
recherchent  des  preuves  et  réfutations  à  des  descriptions  partielles  car  ils  écartent
volontairement  de  leurs  systèmes  de  raisonnement  certains  énoncés  dont  ils  remettent  à
d'autres  ou  à  plus  tard  la  preuve  ou  la  réfutation.  Le  système  symbolique  est  un  système
déductif, cependant le mécanisme de preuve implique un partage de tâche selon une recherche
collective.  Enfin,  la  démarche  scientifique  fonctionne  en  tenant  compte  d'une  révision
permanente de ses hypothèses, postulats et conjectures. Dans le domaine philosophique, il me
semble  que  des  notions  comme  celle  de  substance,  d'essence,  d'existence  sont  l'objet  d'une
recherche permanente en ontologie, épistémologie et phénoménologie. Il me semble que c'est
bien  davantage  leurs  formulations  et  leurs  relations  mutuelles  qui  ont  à  voir  avec  les
formalisations de la problématique scientifique.
Deux opérations sont fondamentales pour lier nos calculs à des situations concrètes :
la  nominalisation  transforme  une  propriété  perçue  en  un  symbole  formel  et  la  réductibilité
transcrit un développement formel en une expérience réalisable dans le monde réel.
Catégorie
Monde Réel
Foncteur
-Nominalisation ->
Activité scientifique
<- Réductibilité
Catégorie
Monde formel
Cette  subjectivité  de  l’activité  individuelle  d’un  formalisateur  conscient  du
fonctionnement  de  son  calcul  et  cette  intersubjectivité  de  l’activité  collective  d’un  groupe
ayant  en  mémoire  l’origine  des  méthodes  et  l’histoire  de  leurs  usages,  marquent  ce  que
Cavaillès appelle une mathématique consciente gardant en mémoire la signification originelle
de ses noyaux opératoires.
Précisons  en  dernier  lieu  le  protocole  du  travail  que  je  vais  faire  sur  le  texte  de
Deleuze.  La  lecture  du  texte  me  fait  sélectionner  des  assertions  qui  comportent  des  notions
qui sont à formaliser. Considérons par exemple trois assertions :

Le monde qui existe physiquement est décrit par une ontologie.

Le monde des idées est décrit par une épistémologie.

Une  phénoménologie  établit  une  correspondance  en  une  ontologie  et  une


épistémologie.
Je place ces notions dans le cadre formel.
Catégorie
Ontologie
Foncteur
-Abstraction ->
Phénoménologie
<- Concrétisation
Catégorie
Epistémologie
Ontologie  et  épistémologie  sont  posées  comme  étant  des  catégories  adjointes  par
l'intermédiaire  de  deux  foncteurs  supposés  constituer  les  opérations  d'une  phénoménologie.
N'ayant  pas  précisément  défini  en  quoi  une  ontologie  et  une  épistémologie  sont  des
catégories, je ne fais que supposer qu'il est possible de les définir ainsi. Cependant cette mise
en correspondance nous informe de leurs positions relatives.

Une épistémologie est une abstraction de l'ontologie.

Une  phénoménologie  caractérise  une  correspondance  adéquate  entre  une


ontologie et une épistémologie.
On  peut  donc  dès  le  départ  refuser  de  caractériser  des  propriétés  formelles  par  ces
relations  entre  phénoménologie,  ontologie  et  épistémologie.  Leur  exposition  peut  paraître
inacceptable  d'un  point  de  vue  philosophique  ou  encore  impropre  pour  poser  une  relation
entre le monde réel et celui de la pensée.
On  peut  également  vouloir  préciser  davantage  en  quoi  ontologie  et  épistémologie
sont des catégories. Posons que :

Le monde physique a une description quantitative faite avec des nombres et des

mesures.

Le  monde  de  la  pensée  travaille  sur  des  représentations  qualitatives  des

propriétés quantitatives.

L'activité  scientifique  consiste  à  produire  des  expériences  pour  tester  des

modèles qualitatifs.
Catégorie
Quantitatif
Foncteur
-Abstraire ->
Activité scientifique
<- Concrétiser
Catégorie
Qualitatif
Nous  avons  ainsi  réduit  l'ontologie  à  être  un  modèle  quantitatif  en  accord  avec  un
modèle  qualitatif  exprimant  une  épistémologie.  Cette  réduction  formelle  a  plusieurs
conséquences : tout d'abord on connaît plein de modèles quantitatifs et qualitatifs. Ensuite le
problème  de  leur  mise  en  correspondance  est  très  étudiée,  je  pense  en  particulier  aux
nombreux  travaux  sur  les  représentations  topologiques  des  logiques.  Enfin  ce  modèle  pose
une  question  de  la  complexité  relative  des  deux  modèles.  Selon  la  théorie  d'Ashby  [3],  le
modèle qualitatif s'il doit dominer, au sens de maîtriser en retour le modèle quantitatif, doit
alors  être  plus  varié  que  ce  dernier.  Enfin,  on  peut  trouver  de  nombreuses  applications
concrètes de ce modèle sur des problèmes simplifiés, je pense à nos applications en robotique,
en science humaine et sociale.
En  nous  intéressant  à  la  relation  entre  modèle  quantitatif  et  qualitatif,  nous  avons
ouvert à la fois l'espace pour des applications très concrètes et pour des développements très
abstraits.  Et  justement  la  théorie  des  catégories  est  un  langage  qui  permet  d'établir  des
correspondances entre des domaines des mathématiques distincts.
Une  dernière  réduction  nous  place  dans  la  manipulation  formelle  des  objets
mathématiques impliqués dans une adjonction.

Le  foncteur  Oubli  sert  à  abstraire  car  abstraire  c'est  oublier  ce  qui  n'est  pas

essentiel.

Le  foncteur  Libre  complète  librement  un  modèle  pour  le  faire  correspondre  au

modèle abstrait.

Il  y  a  adjonction  quand  la  composition  des  deux  opérations  est  adéquate  pour

exprimer des propriétés de la catégorie initiale.
Catégorie
F
Foncteur
-Oubli ->
Adjonction
<- Concrétisation
Catégorie
G
On  trouve  ainsi  l'usage  courant  en  mathématique  :  quand  une  propriété  est  trop
difficile  à  démontrer  dans  la  catégorie  F  on  la  démontre  dans  G  et  on  reporte  alors  son
existence dans F.
Donnons sur un exemple simple l'idée de l'adjonction en mathématique. il s'agit de
traduire un raisonnement ensembliste en raisonnement logique. Prenons pour les objets d'une
catégorie F les sous-ensembles d'un ensemble donné, et prenons pour relation entre les objets
l'inclusion  entre  les  sous-ensembles.  Prenons  pour  catégorie  G  une  catégorie  dont  les  objets
sont  des  propositions  et  la  relation  est  l'implication.  Prenons  pour  foncteur  oubli  la
transformation  qui  associe  à  chaque  partie  un  prédicat  et  à  l'inclusion  l'implication  logique.
Prenons pour foncteur libre la transformation qui associe à une implication une inclusion et à
un  énoncé  une  classe.  Cette  structure  généralise  ainsi  les  représentations  topologiques  de
logique.
Les  exercices  que  nous  allons  faire  va  consister  à  renommer
les  objets
mathématiques par les notions philosophiques dont les interrelations vont se présenter selon le
diagramme.  Certains  objets  sont  supposés  être  définis  comme  des  catégories  et  d'autres
comme des fonctions liant ces catégories.
Une application : les triades de la substance
Je  suis  très  reconnaissant  envers  Daniel  Parrochia  de  m'avoir  fait  découvrir
simultanément Spinoza et Gilles Deleuze en me demandant d'être le rapporteur d'une thèse de
philosophie portant sur l'examen du degré d'indépendance des scolies face au développement
formel de l'Ethique.
Gilles Deleuze propose une lecture de la première partie de l'éthique de Spinoza dans
son livre Spinoza et le problème de l'expression dans sa première partie de 62 pages intitulée
les triades de la substance.
Ce  philosophe  ne  cherche  pas  seulement  à  expliquer  et  commenter  Spinoza,  il  est
essentiellement un Spinoziste au sens qu'il travaille les propres concepts de Spinoza comme
un  mathématicien  travaille  à  l'intérieur  d'une  théorie.  Gilles  Deleuze  dégage  trois  relations
qu'il  appelle  Triade.  Une  première  triade  est  donnée  par  les  relations  existant  entre  la
substance, l'essence et les attributs, une seconde est donnée par celles existant entre les notion
de perfection, d'absolu et d'infini et la troisième est données par les relations existant entre les
notions de puissance, d'affections et de quantité de réalité.
Dans  ce  travail,  nous  allons  montrer  comment  ces  triades  s'organisent  comme  des
processus portés par un modèle plus profond que l'on peut définir formellement.
Spinoza a débattu avec Descartes et Leibniz de leurs preuves de l'existence de Dieu.
Ces preuves font intervenir des notions comme celle d'infini, de perfection, ou de puissance
qui doivent trouver place dans le système philosophique. Les preuves de l'existence de Dieu
étaient un banc d'essai pour les systèmes philosophiques ayant une prétention ontologique et
épistémologique. Informatique oblige, nous verrons par la suite que nous nous intéressons à
des  problèmes  beaucoup  plus  concrets,  comme  celui  de  la  régulation  de  systèmes  sociaux
environnementaux par des institutions régies par des normes ou encore par la production d'un
robot  cogitoide  ayant  une  aptitude  à  superviser  ses  comportements.  Ma  curiosité  envers
Spinoza est excitée par la volonté de savoir si sa manière de penser le monde n'est pas plus
adaptée à la résolution de ce genre de problèmes qui n'ont pas de solution selon une démarche
purement cartésienne.
Descartes comme Leibniz ont produit une oeuvre mathématique, ce n'est pas le cas
de Spinoza qui a utilisé un cadre géométrique pour exprimer sa philosophie car il pensait que
les  démonstrations  étaient  les  yeux  de  l'esprit  permettant  de  voir  la  vie  au  delà  des  faux
semblants. Il me semble cependant qu'un cadre mathématique permet de mieux appréhender
les  relations  entre  ses  concepts.  Ce  cadre  est  celui  de  l'adjonction  entre  catégories  car  il
permet de bien appréhender le rôle essentiel de la notion d'attribut chez Spinoza. Nous allons
regarder  comment  ce  cadre  pourrait  rendre  compte  des  notions  présentes  dans  la  première
partie  de  l'Ethique.  Les  notions  catégorielles  que  nous  utilisons  ont  été  inventées  dans  les
années 1960, je ne les pense pas connues de Gilles Deleuze.
Exercice : substance attribut existence
L'essence  et  la  substance  sont  des  catégories  qui  sont  liées  par  deux  foncteurs
adjoints  désignés  par  des  groupes  verbaux.  Les  énoncés  retenus  sont  directement  tirés  du
texte et reformulent le schéma.
Catégorie
Substance
Foncteur
-s’exprime via l’attribut->
Attribut
<- est exprimée via l’attribut
Catégorie
Essence
* La substance s'exprime.

* Les attributs sont les expressions.

* L'essence est exprimée.

* Une essence est exprimée par chaque attribut comme l'essence de la substance
elle-même.
* Il n'y a pas deux substances de même attribut.

* L'attribut constitue l'essence de la substance qu'il qualifie.


Exercice : le mode
Le mode est un foncteur adjoint qui lie les catégories essence à  substance.
Catégorie
Substance
Foncteur
-s’exprime via l’attribut->
Attribut
<- mode exprimé
Catégorie
Essence
L'attribut via l'adjonction exprime un mode. On en sait plus sur la substance: elle est
composée de choses qui se discernent via les attributs. Des choses qui ne se discernent pas via
les attributs se distinguent par des quantités.
On  voit  ainsi  que  l'abstraction  que  réalise  l'attribut  efface  certaines  différences
numériques.
* L'attribut constitue l'essence des modes qu'il rapporte aux substances de même
attribut
* Deux choses diffèrent par les attributs de la substance.

* La distinction des substances de même attribut s'accompagne d'une division des
choses i.e une division numérique.
* Quand nous posons plusieurs substances de même attribut, nous faisons de leur
distinction numérique une distinction réelle.
* il n'y a pas plusieurs substances de même attribut

* Il ne peut y avoir de nécessité d'exister pour une substance de même espèce que l'attribut

* la substance exprime une possibilité d'exister

*
les  substances  qualifiées  se  distinguent  qualitativement,  formellement,
quidditativement et non ontologiquement.
Exercice : Attribut comme expression
Nous sommes maintenant exercés à voir les phrases de Gilles Deleuze paraphraser
le schéma et l'enrichir: introduction de la notion d'être à associer à substance. Remarquons
des  propriétés  exprimées  par  des  assertions  négatives.  Enfin  il  est  dit  de  la  catégorie
substance qu'elle existe en acte.
* A l'essence des attributs appartient l'existence
* Hors des attributs n'existe aucune essence et aucun être

* Nous concevons les attributs dans leur essence et non dans leur existence

* Nous ne les concevons pas comme subsistant par eux-mêmes

* Les attributs existent formellement et en actes

* Nous démontrons a priori qu'ils existent

* L'essence en tant qu'essence n'existe pas hors des attributs qui la constituent

* A l'essence des attributs il appartient d'exister dans les attributs

* L'existence des attributs ne se distingue pas de leur essence 34

* L'essence de la substance n'existe pas hors des attributs

* Les essences sont réellement distinctes du point de vue des attributs

* L'essence est une du point de vue de l'objet, elle se réciproque

* Toute essence est essence de quelque chose

* Aucune substance existant en acte ne peut être conçue comme existant par elle -
même, elle doit appartenir à quelque chose.
* La substance existe par soi et son existence découle de son essence
Exercice : Dieu autrement dit la nature
Spinoza  pose  que  la  catégorie  substance  est  unique.  Cette  assertion  lui  permet  de
préciser la notion d'attribut qui va devoir exprimer des qualités illimitées ainsi qu'une notion
de proportion. La catégorie substance est unique, les modes venant des attributs donnent des
formes communes aux choses. L'étendue et la pensée sont des attributs.
Du  point  de  vue  du  vocabulaire  interviennent  les  notions  d'être  et  de  créature  qui
deviennent des objets de la catégorie nature naturée qui reformule la catégorie substance.
La  notion  de  mode  se  précise  comme  la  traduction  d'une  modalité  d'existence  de
l'essence.  Le  raisonnement  logique  faisant  intervenir  des  modalités  se  réalise  dans  la
catégorie. essence
Catégorie
Nature Naturée
Foncteur
-s’exprime via l’attribut->
Attributs
<- est exprimée via l’attribut
Catégorie
Nature Naturante
* Les attributs chez Spinoza sont des vrais verbes qui attribuent quelque chose à
une substance unique.
* Chaque attribut exprime une substance infinie i.e. une qualité illimitée

* Quelles sont les qualités capables d'être portées à l'infini d'être enveloppée dans
les limites du fini?
* La pensée est un attribut infini de Dieu.

* A l'observation des corps nous concluons que l'étendue est un attribut infini.

* Connaître les attributs de dieu à partir des créatures (pas par abstraction et par
analogie).
* Les attributs ne sont pas abstraits de choses particulières.

*  Les  attributs  sont  des  formes  d'être  communes  aux  créatures  et  à  Dieu,
communes aux modes et à la substance.
* Les attributs impliquent une convenance de proportion.

* Dieu possède formellement une perfection extrinsèque aux créatures.

* Dieu possède éminemment une perfection qui convient aux créatures 39

* Les créatures se distinguent de Dieu en essence et en existence et Dieu a quelque
chose de commun formellement avec ses créatures.
* La notion d'attribut exprime une notion commune.

* Les attributs sont des formes d'être univoque qui ne change pas de sujet quand
on les prédique de l'être infini ou des être finis.
* Les attributs sont des raisons formelles illimitées

* Les attributs constituent la nature de dieu comme nature naturante

* La nature naturée réexprime les attributs
Exercice : Le propre
La substance est unique, les attributs qualifient une essence, les modalité expriment
les qualités des choses, les modes transportent cette qualification sur les choses de la nature
naturée. Les propres caractérisent ce transport.
Catégorie
Substance
Propre
Foncteur
-s’exprime via l’attribut->
Attribut
<- mode exprimé
Catégorie
Essence
* le propre est ce qui appartient à une chose mais n'explique pas ce qu'elle est.
* les propres de Dieu ne sont que des adjectifs.

* les propres de Dieu ne sont que des modes (modalités de l'essence) qui peuvent
lui être imputés
* Infini, parfait, immuable, éternel sont les propres de tout attribut

* Omniscient est le propre de la substance pensante

* les propres se disent de ce qui constitue la nature de la substance

* les propres ne forment pas l'essence de l'être

* les propres sont des caractères imprimés dans les attributs ou dans la substance
Exercice :Attributs et noms divins
Catégorie
Substance
Foncteur
-parole impresse->
Parole de Dieu
Propre  /signe impératif
<- parole expresse
Catégorie
Essence
humain
et
entendement
* Les modes supposent une substance qu'ils nous font connaître par l'intermédiaire
d'un attribut qu'ils impliquent qui constitue l'essence de la substance.
* La nature de dieu n'est pas définie par Descartes car elle a été confondue avec
ses propres. Pour Descartes, Dieu est l'infini parfait.
* La révélation nous révèle certains propres et non la nature de Dieu.

* Le signe se ramène à un propre.

* L'expression concerne un attribut.

* La parole expressive a besoin de l'essence de Dieu et de l'entendement humain.

* La parole impresse a besoin de l'impératif.

*  La  connaissance  naturelle  implique  l'essence  de  Dieu  car  elle  est  connaissance
des attributs qui s'expriment dans cette essence.
* Les seuls noms expressifs de Dieu sont les attributs.

* Nous sommes constitués par un mode de l'étendue et de la pensée.

* Les choses divines cachées depuis les fondements du monde sont aperçues par
l'entendement des créatures de Dieu.
* Les attributs sont des affirmations. L'affirmation est formelle, actuelle, univoque
et en ce sens elle est expressive.
* Les attributs sont des expressions qui renvoient à l'entendement comme étant la
seule instance qui comprend l'exprimé.
Exercice :Absolu
L'exercice  consiste  ici  à  produire  une  définition  de  Dieu  comme  venant  de  la
composition de tous les attributs. Chaque attribut est comme une dimension infinie, ils sont
indépendants  au  sens  qu'ils  ne  se  limitent  pas  l'un  l'autre.  La  substance  unique  est  définie
comme celle qui les possède tous. Elle existe nécessairement par définition, car une substance
existe  nécessairement.  Le  jeu  définitionnel  se  déplace  ici  sur  la  relation  entre  les  propres
(perfections), les modes (infinis) et la substance(absolu).
On pourrait donner une définition de Dieu comme étant la substance absolument infinie dont
les propres sont d'être parfaits.
Catégorie
Substance
Infiniment parfait
Foncteur
-S’exprime->
Formes illimitées
<- mode infini
Catégorie
Essence
* Toute substance doit être illimitée.

* Les formes illimitées sont les attributs d'une même substance.

* Toute substance doit appartenir sans limitation à l'être divin.

*  Toutes  les  formes(attributs)  sont  égales  ;  Dieu  ne  peut  en  posséder  une  sans
posséder les autres.
* L'infiniment parfait est le propre de l'absolument infini.

* L'infiniment parfait n'est pas une propriété.

* Dieu existe nécessairement en tant que substance.

* L'infiniment parfait est la modalité (le mode) de chaque attribut.

* L'absolu infini est une raison suffisante de l'infiniment parfait.

* L'absolu infini consiste en une infinité d'attributs.

* L'existence de Dieu est essence.

* A la nature d'un être qui a des attributs infinis appartient un attribut qui est être.

* L'adéquation est une raison suffisante de l'idée claire et distincte.

    *  La  preuve  ontologique  est  celle  d'un  être  absolument  infini  composé  d'une
infinité d'attributs.
*  Donner  une  définition  réelle  de  Dieu  c'est  à  dire  une  définition  constructive
génétique par conjugaison des attributs.
* Montrer la non impossibilité d'une substance unique.

* Logique de l'affirmation pure, de la qualité illimitée, de la totalité inconditionnée
qui possède tous les attributs, logique de l'absolu.
* Les attributs sont des éléments dynamiques et génétiques.

* La nature naturante de Dieu est expressive.

*  Tous  les  attributs  (formes)  s'expriment  également  d'une  substance  absolument
infinie.
* La triade (parfait, infini, absolu) : les propres ne sont pas une nature, toutes les
formes s'affirment sans limitation d'une chose absolue.
* Le parfait est un propre.

* L'infini est le mode des attributs.

* L'absolu est infini sous toutes ses formes.

* Une substance composée d'une infinité d'attributs existe nécessairement car une
substance existe nécessairement.
Exercice :Puissance
La  triade  en  jeu  pose  Dieu  comme  une  substance  absolument  infinie  qui  a,  comme
essence  exprimée  par  ses  attributs,  une  puissance  infinie  d'exister.  Cette  puissance  infinie
d'exister  va  au  travers  de  modes  appelés  ici  les  affections  de  Dieu  produire  des  créatures
innombrables qui sont les modifications de la substance divine. Dieu est donc conduit via les
attributs  à  créer  indéfiniment  des  quantités  de  réalités.  Cette  vision  de  Dieu  créateur  et
créatif est très poétique et très belle. Elle se distingue d'un dieu prétentieux caractérisé par sa
perfection inaccessible, et distingué de sa création.
Catégorie
Dieu :  substance  absolument
infinie
Créatures
Modification de la substance
Quantité de réalité
Foncteur
-S’exprime->
Formes illimitées
<- affections d eDieu
Catégorie
Essence
Puissance absolu d’exister
* La puissance pour penser n'est pas plus grande pour penser que la puissance de
la nature pour exister et pour agir.
*  Pouvoir  exister  c'est  puissance,  c'est  une  existence  possible  enveloppée  dans
l'essence d'une chose finie.
* Un être fini existe nécessairement.

* Dieu a une puissance infinie d'exister, il existe absolument.

* Un être est le mode d'un attribut c'est la modification d'une substance.

* La puissance est toujours en acte.

* La puissance d'un mode c'est la capacité d'affecter la nature.

* La puissance est un invariant identique à essence.

*  La  puissance  d'agir  augmente  ou  diminue  en  fonction  des  affections  actives  et
passives.
* L'essence de la substance est puissance infinie d'exister (donc d'être affectée de
multiples manières).
* L'essence de Dieu est puissance, il produit de multiples choses.

* Dieu produit toute chose dans ses attributs.

* Dieu est cause de toute chose au même sens que cause de soi.

* Les modes sont les affections de Dieu.

* Dieu a des affections actives.

* L'essence de l'essence est une quantité de réalité ou de perfection.

*  Les  attributs  sont  les  conditions  sous  lesquelles  on  attribue  à  une  substance
absolue une puissance absolument infinie d'exister et d'agir égale à son essence formelle.
* L'attribut de penser est égal à son essence formelle.

* Les êtres finis ont une puissance d'agir et de persévérer.

* Les choses ont une puissance propre identique à leur essence et constitutive de
leur droit.
* Un être à une puissance en tant que partie d'un tout qui existe par soi.

* La puissance de l'homme est partie de la puissance infinie de Dieu.

* Notre puissance est expliquée par notre essence.

* La participation des puissances ne supprime pas la distinction des essences.

*  Les  attributs  sont  les  formes  communes  à  Dieu  qui  constituent  son  essence  et
aux choses finies dont ils contiennent les essences.
*  Le  rapport  tout/partie  se  confond  avec  le  rapport  attribut/mode  et  le  rapport
substance/modification.
* Les chose finies sont les parties de la substance divine car elles sont les modes
des attributs de Dieu.
*  Les  attributs  sont  les  conditions  par  lesquelles  la  substance  possède  une  toute
puissance identique à son essence.
* Les modes sont dit exprimer ou expliquer la puissance divine.

*  La  réduction  des  choses  à  des  modes  d'une  substance  divine  en  font  des  être
naturels doués de force et de puissance.
* L'essence de la substance est puissance absolument infinie d'exister.

* La substance peut être affectée d'une infinité de façon par des affections dont la
substance est cause active.
* L'essence du mode est puissance.

* Mode existant : quantité de réalité ou de perfection.

*  Substance  (infiniment  absolue)  :  pouvoir  d'être  affectée  d'un  grand  nombre  de
façon.
Conclusion et perspective.
Nous  venons  de  faire  un  exercice  de  raison  systématique.  C'est  un  travail
d'annotation formelle d'une explication faite par Gilles Deleuze de l'Ethique de Spinoza. Un
ensemble très réduit de concepts formels ont servi à reformuler les commentaires de Deleuze.
Cet  exercice  est  d'abord  un  amusement  intellectuel.  Il  serait  plus  fondé  encore  si  ce  travail
illustre comment un exercice d'annotation individuel ou collectif peut aider la compréhension
collective  de  traités,  de  chartes,  de  textes  formels  ayant  un  impact  sur  la  vie  des  gens.  Ce
simple  exercice  peut  en  effet  être  pensé  comme  essentiel  pour  stimuler  la  vie  intellectuelle,
l'écoute, l'esprit critique et la responsabilité de chacun. Nous développons un outil Wikidebate
qui  a  pour  ambition  d'instrumenter  un  travail  collectif  de  compréhension  de  textes  à  portée
philosophique politique ou morale.
Il  est  facile  de  poursuivre  cette  lecture  de  Deleuze  en  examinant,  dans  son  livre
Spinoza philosophie pratique [6], en quoi le corps dans l'étendue et l'esprit dans la pensée sont
composés des rapports caractéristiques des idées entre elles et des parties du corps entre elles.
Les  commentaires  permettront  d'expliquer  formellement  en  quoi  ces  compositions  et
décompositions  des  composants  du  corps  et  de  l'esprit  se  signalent  par  des  joies  et  des
tristesses quand il y a menace sur l'adéquation. L'objectif est de parvenir, pour un système ou
pour  une  personne,  à  définir  formellement  ce  que  veut  dire  souffrir  d'idées  inadéquates  et
mutilées.
Revenons aux problèmes pratiques. Il est aussi passionnant d'appliquer cette étude à
la  modélisation  de  systèmes  sociaux  régulés  par  des  normes.  Décrivons  un  travail  qui
conjugue  les  apports  philosophiques  et  catégoriels.  Nous  voulons  comprendre  pourquoi  le
football  provoque  des  joies  et  des  tristesses  collectives.  Nous  avançons  un  travail  de
modélisation  catégoriel  des  parties  de  football.  Le  modèle  quantitatif  est  une  catégorie  dont
les  objets  sont  des  phases  de  jeu  qui  se  concatènent  en  séquences.  Chaque  phase  de  jeu  est
définie par un déplacement de 25 personnes sur un terrain. Une phase a un début et une fin.
Les attributs sont les joueurs, les arbitres, les entraîneurs. Un arbitre traduit une phase de jeu
en  fonction  du  règlement  de  la  FIFA.  Il  estime  les  violations  du  règlement  et  leur  degré  de
sévérité.  Il  intervient  alors  sur  le  jeu  en  l'interrompant  et  le  relançant.  Quand  l'arbitrage  est
adéquat,  les  joueurs  l'intègrent  dans  leurs  pensées  et  dans  leurs  actions.  C'est  alors  que  se
passent
tous  ces  évènements  de  dépassements
individuels  et  collectifs  ou  de
dysfonctionnements qui provoquent des émotions sportives.
Il est passionnant de réfléchir à la manière de Spinoza sur la possibilité d'augmenter
plaisir  et  puissance  pour  des  humains  qui  conjuguent  leurs  actions,  de  voir  comment  les
techniques informatiques actuelles leur permettent de mieux débattre du bon et du mauvais.
Un  enjeu  primordial  pour  l'informatique  d'aujourd'hui  est  de  parvenir  à  le  faire  sur  des
problèmes très concrets : une partie de football, l'élaboration d'une charte de parc national, un
programme  de  conservation  d'une  forêt  primaire  [8],  la  mise  en  place  par  l'AERES  d'une
politique d'évaluation des laboratoires de recherche.
Concluons  par  une  conjecture.  Une  réflexion  philosophique  sur  le  fonctionnement
d'une  société  technique  passe  à  mes  yeux  par  une  réflexion  sur  les  implicites  formels  des
philosophies et les implicites philosophiques des formalismes instrumentés par les techniques.
Le  débat  philosophique  actuel  sur  nos  futurs  se  situe  entre  le  constat  d'une  obsolescence
inéluctable de l'homme [10] et l'homminescence [11]d'une humanité assimilant ce que mieux
vivre  veut  dire.  Ce  débat  souligne  la  pertinence  de  penser  nos  futurs  en  ayant  une
appréhension formelle de l'éthique de Spinoza.
Bibliographie
[1] Gille Deleuze Spinoza et le problème de l’expression Les éditions de Minuit 1968
[2] Daniel Parrochia La raison systématique Mathésis Vrin  1993
[3] Wilfred Bion Eléments de la psychanalyse  PUF 1963
[4] Gilbert Simondon Du mode d'existence des objets techniques, Aubier, 1958
[5] Jean Louis Krivine   Science et vie , n° 1013, février 2002
[6] Gille Deleuze Spinoza Philosophie pratique Les éditions de minuit 1981/2003
[7] W. R. Ashby, The Law of Requisite Variety, in Wikipedia, 1956.
[8]  Feltz  G.,  Godefroit  S.,  Contribution  à  l’étude  «  Evaluation  et  perspectives  des
transferts de gestion des ressources naturelles dans le cadre du programme environnemental 3
», document de synthèse, IRD – FLSH,33 p, 2004.
[9]Mac Lane S. , Categories for the Working Mathematician 2nd Edition. Springer-
Verlag, 1998.
[10]  Gunther  Anders  L'obsolescence  de  l'Homme,  Paris,  Édition  de  l'encyclopédie
des nuisances, 2002
[11] Michel  Serres Homminescence   Edition le pommier 2001